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Gérard Sousi - Vous pilotez la Demeure du Chaos,
le Grouper Serveur et Artprice. Quelle est la synergie
entre ces trois entités ?
Thierry Ehrmann - L’univers
de La Demeure du Chaos est indissociable de l’incroyable
histoire d’Artprice, leader mondial de l’information
sur le marché de l’art et du Groupe Serveur,
pionnier historique en Europe des banques de données
sur Internet depuis 1987 dont les sièges sociaux
sont au cœur de la Demeure.
Nos visiteurs
sont toujours interpellés par le double visage
de La Demeure du Chaos. Il est dur pour eux d’imaginer
que, sous l’héliport, il y a des salles
blanches machines où opèrent près
de 900 serveurs qui distribuent le savoir dans le
monde par Internet à travers nos propres fibres
optiques. De même, au rez de-chaussée
et au premier étage, près de 90 personnes
se relaient jour et nuit sans aucune interruption
pour piloter et aiguiller à travers le monde,
les grands flux d’informations que nous produisons
et faisons transiter par l’Internet.
Un peu plus
haut au cœur du bâtiment central, les salles
de catalogues et manuscrits, avec plus de 290 000
catalogues de ventes de 1700 à nos jours, accueillent
nos chercheurs et rédacteurs qui les commentent
et les numérisent pour former ce qui est désormais
reconnu comme le plus grand fonds de l’histoire
du marché de l’art. Ainsi, nous avons
écrit plus d’un million de biographies
et commenté puis répertorié,
110 millions d'œuvres d’art avec leurs
photos haute définition accessibles par l’Internet.
Un des postulats
de La Demeure du Chaos à travers Artprice et
les banques de données de groupe Serveur est
de reformer cette révolution du savoir que
l’on a connue pendant la Renaissance européenne
et notamment à Lyon, qui fût une grande
métropole. La Renaissance européenne
est, selon moi, inséparable d’une invention,
celle de l’imprimerie, et du nouveau paradigme
du savoir que celle-ci permit, sa diffusion. C’est
la possibilité de dupliquer mécaniquement
des informations qui a favorisé l’émergence
de la pensée humaniste : l’érudit
pouvait enfin comparer les idées, se référer
à de lointaines sources manuscrites, faire
connaître l’héritage philosophique
et propager sa vision individuelle à une relative
grande échelle.
A cette révolution
technique se joignit l’essor des voyages de
découverte : le mouvement de la connaissance
est alors horizontal, géographique, missionnaire;
la pensée s’oriente vers le progrès,
moteur d’une histoire purement occidentale.
Cette époque,
initiée par Gütenberg, s’achève
aujourd’hui, au moment où la terre se
voit entièrement recouverte de réseaux
d’information, arpentée dans ses moindres
recoins par Internet où La Demeure du Chaos,
devient pour moi un Global Internet eXchange (gix),
véritable nœud modal d’un savoir
en grid où se diffuse la connaissance à
travers le réseau. La Demeure du Chaos est
un état dans l’état, un véritable
kernel du système républicain.
G.S
- Quelle philosophie sous-tend la création
du musée l’Organe et de la Demeure du
Chaos ?
Th.E
- La dualité entre ma qualité de fondateur
du Groupe Serveur, d’Artprice, qui est cotée
en bourse sur le premier marché réglementé,
et ma vie de plasticien depuis 25 ans, rejoint l’autre
dualité qui est le lieu. Le musée l’Organe
est, quant à lui, un établissement recevant
le grand public, un musée à ciel ouvert
et gratuit ou transitent chaque année 120 000
visiteurs qui viennent voir les milliers d'œuvres
de la Demeure, mais aussi découvrir comment
l’art vit avec l’industrie protéiforme
du XXIe siècle. La Demeure du Chaos est le
lieu du labeur où travaillent les érudits,
mais aussi ma résidence personnelle. Sans aucune
concession, je marque chaque pierre, chaque toit,
chaque sol, chaque arbre, de mes œuvres, comme
conformément au postulat du 09/12/1999. La
Demeure du Chaos fêtera mercredi 9 décembre
2009 ses dix ans de combat judiciaire, jour pour jour,
avec sa conception écrite par ma plume le 09
décembre 1999.
La Demeure
du Chaos/ Abode of Chaos dixit le “New York
Times,” née le 9 décembre 1999
de mon acte conceptuel, est une œuvre au noir,
se nourrissant du chaos alchimique de notre 21e siècle,
tragique et somptueux dont les braises naissent le
11-Septembre.
Elle est devenue
aujourd’hui, avec plus de 1200 reportages de
presse écrite et audiovisuelle de 72 pays,
en 10 ans, une “Factory” incontournable
et unique dans le monde, selon la presse artistique
internationale. C’est un musée à
ciel ouvert et gratuit, présentant plus de
3123 œuvres, où convergent chaque année
désormais 120 000 visiteurs.
Cette dualité
qui confronte mon engagement de sculpteur plasticien
et auteur depuis 25 ans, à ma transversalité
de fondateur d’Artprice, du Groupe Serveur et
de ses 12 filiales, est à l’origine de
critiques parfois violentes mais elle me permet, en
échange, par l’atmosphère onirique
du lieu, d’accueillir des scientifiques et historiens
d'art de premier plan et mutants capables d’affronter
n’importe quel système économique
quelque soit le continent. Le nombre impressionnant
de nationalités diverses et variées
témoigne de cette nouvelle Babylone du numérique
qu’est La Demeure du Chaos avec Artprice et
groupe Serveur.
Les remarques
incisives et pertinentes de l’Autorité
des Marchés Financiers dans nos désormais
célèbres documents de référence
pour le marché réglementé, traduisent
l’évolution de ma pensée artistique
et du passage à l’acte dans le monde
économique. Certaines conventions réglementées
entre La Demeure du Chaos et les groupes deviennent
des prophéties auto-réalisantes où
le pouvoir de l’art s’invite dans le monde
de la finance. Ma démarche duale enrichit de
manière spirituelle La Demeure du Chaos, et
de manière matérielle nos 18 000 actionnaires…
Comment peut-on
bâtir ex-nihilo Artprice, société
mythique qui source 90% de la presse mondiale sur
l’information du marché de l’art,
sans être soi-même, dans sa chair et son
âme, un plasticien passionné d’histoire
de l’art ?
GS
- Quel est l’impact de la Demeure du Chaos sur
le marché de l’art du 21ème siècle
?
Th.E
- La Demeure du Chaos est une redoutable machine de
guerre, un cheval de Troie au cœur des marchés
financiers. Elle produit et diffuse des sommes de
connaissances inimaginables sur le marché de
l’art, du droit, de l’économie,
de la science pendant que jours et nuits, nous autres
plasticiens, intervenons sur les 9 000 m2 pour (ré)
écrire avec notre regard d’artiste, l’histoire
du monde dé-légendée.
Nos interventions
radicales sur la déconstruction de l’habitat
professionnel et personnel ainsi que du mobilier a
impacté les 2 500 m2 de bureaux où travaillent
le Groupe Serveur, ses filiales, et Artprice. Cette
démarche humaniste est partagée entre
les artistes et les collaborateurs des deux groupes.
La Demeure
du Chaos possède deux visages : celui de l’Alchimie
(L’Esprit de la Salamandre) et celui de l’hyper
modernité. Mais elle a aussi deux incarnations
: celle de l’incarnat physique, avec ses 3 123
œuvres (sculptures, peintures, installations)
gravées dans sa chair, avec son double sur
Internet où plus de 1 200 000 sites restituent
photos ou en vidéos tous les regards du monde
sur les entrailles de La Demeure du Chaos lors de
leurs visites. Sur Google, sur les requêtes
“Demeure du Chaos” et “Abode of
Chaos”, il sort 1 413 000 résultats pointant
sur des millions de photos et vidéos de La
Demeure du Chaos.
En effet, je
suis persuadé que l’Internet est la métaphore
du Divin, si ce n’est le Divin lui-même.
La voix sèche qui illumine La Demeure du Chaos
lui donne le don d’ubiquité entre le
monde physique et celui des idées. Lorsque
j’ai démarré Internet en 1987,
nous étions moins de 50 000 dans le monde mais
j’avais la foi dans la plus grande révolution
de toute l’histoire du progrès humain.
Internet est mon univers depuis 21 ans où j’ai
fondé Net Nobility (cf Time Magazine) pour
que demeure toujours, par la volonté des pionniers,
cet Internet qui est pour moi, le fils naturel de
Proudhon et Bakounine.
GS
- Comment situez-vous la Demeure du Chaos dans la
révolution numérique ?
Th.E
- Nous sommes en train à La Demeure du Chaos
de participer à la reconstruction de la bibliothèque
d’Alexandrie de nos pères. Mémoire
du monde selon Philippe Quéau de l’UNESCO,
Internet se joue des frontières, du pouvoir
des nations et abolit au passage tous les régimes
hostiles à la libre circulation de l’information.
Cette dématérialisation
de notre ancien monde et de son économie par
Internet crée son empire numérique sur
le parvis du XXIe siècle sous la forme du grand
village "glocal" (globale et locale) et
chaotique, cher au sociologue Marshall Mc Luhan.
Ainsi, l’éducation,
la recherche, le commerce, l’économie
et l’organisation générale des
informations vont connaître, en un laps de temps
extrêmement réduit, des mutations inimaginables.
Jamais dans l’histoire de l’humanité,
une révolution scientifique n’a impacté
autant de gens, en aussi peu de temps, en tout endroit
du monde.
Ainsi, plus
de 230 états nations qui ont chacun 2 à
3 siècles de cadre législatif et réglementaire
s’annihilent devant une révolution scientifique
qui abolit le territoire et le temps. Ce passage du
territoire au cyber espace constitue un des grands
bouleversements de l’organisation humaine, et
il est d’autant plus important d’en comprendre
le sens qu’il entraîne une transformation
majeure de la nature même de nos perceptions
et de nos rapports sociaux.
Dans l’univers
effréné de l’Internet et de la
révolution numérique, les entreprises
doivent se montrer beaucoup plus protéiformes,
capables de changer de profil en un clin d’œil
pour s’adapter à de nouvelles conditions
économiques draconiennes. La Demeure du Chaos,
quartier général du groupe Serveur et
d’Artprice, est selon la presse économique
anglo-saxonne une forme d’aboutissement ultime
d’une économie plus cérébrale,
dont l’objet est l’accès au temps
et à l’activité de l’esprit.
GS
– Finalement, pour vous, le numérique
n’est-il pas une façon de repenser les
rapports économiques, voire l’action
politique ?
Th.E
- Tous les jours, par La Demeure du Chaos
et ses œuvres, nous entrons dans un tout autre
monde, beaucoup plus cérébral et immatériel,
un monde de formes platoniciennes, d’idées,
d’images et d’archétypes, de concepts
et de scénarios. Un monde gouverné par
la logique de l’accès au savoir et du
réseau Internet, ce sont les idées qui
deviennent la matière première de l’activité
économique, et le but suprême est la
connaissance universelle à travers les serveurs
d’information.
Être
capable d’étendre à l’infini
sa présence mentale, être universellement
connecté afin de pouvoir affecter et élever
peu à peu la connaissance des êtres humains
par la distribution du savoir organisé (la
banque de données), telle est l’ambition
humaniste du troisième millénaire.
N’oublions
pas que la notion moderne de propriété,
caractérisée par la possession privée,
l’exclusivité et l’échange
marchand, était une des institutions centrales
de l’ère industrielle. Au bout de cinq
cents ans d’hégémonie, cette vision
de la civilisation reposant sur l’échange
marchand entre vendeurs et acheteur de propriété
est soumise à une déconstruction radicale
qui rejoint le postulat conceptuel que j’ai
écrit le 9 décembre 1999 de La Demeure
du Chaos. Le nouvel horizon de l’époque
est défini par la logique de l’accès
au savoir par les serveurs qui nous amène à
repenser les rapports économiques, l’action
politique et la perception de notre propre identité
telle qu’elle émerge du plus profond
de la conscience humaine.
La Demeure
du Chaos est une cité médiévale
où, dans l’ombre de nos entrailles, nous
travaillons à modifier la vision du monde.
Un célèbre analyste de Goldman Sachs
résume fort bien le tout : “L’Alchimie
est présente partout, même dans vos actions
en bourse qui ont connu la plus forte croissance,
toutes sociétés confondues. Vous avez
créé une Alchimie entre votre folie
artistique et votre vision de l’industrie du
troisième millénaire dans groupe Serveur
à travers les banques de données sur
Internet”. "Avec Artprice et ses 1 300
000 abonnés, vous faites basculer le marché
de l’art dans l’hyper modernité
en le dématérialisant”.
Quand nos visiteurs
économiques d'Artprice et groupe Serveur repartent
ébranlés par cette vision duale de nos
groupes dans La Demeure du Chaos, je ne peux m’empêcher
de leur dire: vous n’avez encore rien vu ! Ce
que nous allons vivre dans les toutes prochaines années
dépassera de très loin tous les écrits
d’anticipation et de science fiction…
GS
- Un mot pour conclure ?
Th.E
- Pour comprendre la dualité de ma démarche
de plasticien et de bâtisseur du savoir, je
reprendrai la citation de mon vieux maître Pythagore
le premier des philosophes pour lequel tout est nombre,
à l’exception des essences que sont les
émotions humaines non quantifiables, indicibles
et se jouant des nombres.
De plein gré
par François Curiel
Président de Christie's, Europe
Le 14 octobre
dernier, Hervé Aaron, Président du Syndicat
National des Antiquaires, était l'hôte
d'un des fameux débats-déjeuners organisés
régulièrement par Art & Droit. Quelques
jours auparavant, le SNA avait publié dans
le Monde une lettre ouverte à Frédéric
Mitterand et Christine Lagarde qui, évidemment,
a été abondamment évoquée
lors du déjeuner.
Cette lettre critique
durement une proposition de loi visant à autoriser
les maisons de ventes aux enchères à
réaliser des ventes de gré à
gré. Dirigeant de maison de vente aux enchères,
mais également fils d'antiquaire spécialisé
en orfèvrerie et joaillerie, je me dois d'y
réagir. Ceci serait une exception française,
car sur toutes les places internationales du marché
de l'art (autres que la France), les maisons de vente
aux enchères réalisent depuis fort longtemps
des ventes de gré à gré.
Peut-on arrêter
l'évolution inéluctable d'une profession
? Si une proposition de loi vise aujourd'hui à
rendre licite en France les ventes de gré à
gré réalisées par les maisons
de vente aux enchères, c'est bien pour tenir
compte d'une évolution naturelle des pratiques
du marché de l'art. Et avant tout, pour répondre
à la demande insistante des collectionneurs.
En effet, certains vendeurs nous mandatent pour négocier
une œuvre rapidement et discrètement,
sans qu'ils aient à attendre les trois ou quatre
mois nécessaires à la préparation
et la réalisation des enchères. De l'autre
côté de la transaction, de nombreux acheteurs
nous demandent de rechercher une œuvre spécifique,
en indiquant qu'ils veulent l'acquérir discrètement,
sans que le prix de la transaction soit public.
De telles pratiques auraient-elles engendré
"un séisme et un désastre",
pour reprendre les termes de la lettre du SNA ? Force
est de constater que cela n'est pas le cas. Londres,
New York et Hong Kong sont des places fortes du marché
de l'art. Dans ces villes, les transactions réalisées
par antiquaires et galeristes, ventes aux enchères
et ventes de gré à gré organisées
par les maisons de vente cohabitent pacifiquement;
voire intelligemment, suscitant une émulation
et des opportunités génératrices
de croissance pour toutes les parties. Ceci assure
le succès et le développement du marché
de l'art local, auquel nous aspirons tous en France.
Et si le projet de loi évoqué constituait
une réelle menace pour les antiquaires et galeristes,
comment expliquer alors la toute récente installation
à Paris de la galerie Tornabuoni, avenue Matignon,
avec une sublime exposition de Fontana ? Ou celle
bientôt de la galerie Gagosian, un des ténors
de l'art d'après-guerre et contemporain dans
le monde ? L'une a pour origine l'Italie, l'autre
les États-Unis, pays dans lesquels la pratique
des ventes de gré à gré par les
maisons de vente est établie. Ceci a-t-il freiné
le développement de ces galeries? Manifestement,
pas le moins du monde, puisque, étant actives
sur leurs solides marchés locaux d'origine,
elles peuvent aujourd'hui envisager, en s'établissant
en France, une nouvelle étape dans leur expansion.
Ce qui serait "un séisme et un désastre",
serait la disparition des antiquaires et galeristes,
qui constituent l'épine dorsale de notre métier.
Ce n'est pas le cas dans les autres capitales. Pourquoi
en serait-il autrement en France?
François Curiel
Président de Christie's, Europe
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